| FacebookTwitterImprimerJDGE n°60 - Nov. Déc. Janv. 2012

Rencontre avec Hervé Biausser

FOCUS SUR DE GRANDES FORMATIONS EUROPEENNES

 

Les grandes formations européennes oscillent entre concurrence et coopération sur le continent, et peinent à s’imposer comme la première force académique et de recherche – ce qu’elle est dans les faits – faute d’harmonisation vis-à-vis du marché mondial.

 

Hervé Biausser, directeur de l’École Centrale Paris et vice-président de la Conférence des Grandes Écoles

Hervé Biausser, directeur de l’École Centrale Paris et vice-président de la Conférence des Grandes Écoles

Quelle est la force académique et de recherche du continent européen ?
Si l’on considère sa production académique – articles publiés et thèses – l’Europe est, et de loin, la première région académique du monde. Mais à l’inverse des États-Unis, cette puissance est inexploitée et mal mise en valeur vis-à-vis des autres régions du monde. Pourtant, Bruxelles fait des efforts en ce sens : c’est le fameux « triangle de Lisbonne » qui témoigne de l’ambition de faire de l’Europe le premier territoire mondial pour l’enseignement, la recherche et l’innovation.

 

Quel est l’enjeu de l’harmonisation de l’espace européen de formation et de recherche ?
L’Europe a un vrai rôle à jouer sur le marché mondial de la formation. Cela est d’autant plus crucial si l’on considère l’explosion de la demande en formation dans les pays émergents. Aujourd’hui, une partie de ces étudiants, la plus élitiste, est captée par les universités américaines. Il est donc fondamental de développer notre attractivité.

 

La puissance académique
de l’Europe reste inexploitée

Existe t-il une concurrence entre établissements européens ?
Les business school vivent une concurrence vive et déjà ancienne. Pour les formations scientifiques, la concurrence existe peu pour le recrutement d’étudiants venus des pays émergents, tant la demande de formation est importante. En revanche, une concurrence intra européenne commence à se faire sentir vis-à-vis des talents venus des pays de l’Est. Par ailleurs, pour les institutions déficitaires sur leur territoire, notamment de petits pays comme la Suisse ou les pays scandinaves, c’est une nécessité de recruter à l’étranger. Les britanniques ont aussi une tradition de forte présence sur les marchés internationaux.

 

Cette concurrence est-elle sensible pour les écoles qui recrutent sur concours ?
En principe la concurrence ne concerne pas les formations sur concours. Cela dit, une concurrence assez agressive émerge pour recruter les meilleurs bacheliers français dans des formations post bac en Europe, donc sur un vivier qui pourrait intégrer la prépa. Des établissements font de la publicité en France tandis que les élèves des lycées français à l’étranger sont courtisés localement. De plus, avec la constitution de groupes mondiaux de formation lucratifs, une nouvelle ère s’ouvre.

 

Quels sont les atouts des grandes écoles dans ce contexte ?
En termes de performance absolue et de modèle de formation, nos écoles se distinguent très favorablement. De fait, les écoles de commerce sont bien placées dans les classements, proposent une solide offre de formation, internationale et sélective. Les écoles d’ingénieurs sont elles aussi reconnues pour leur excellence, mais aussi l’originalité de leur modèle de formation. A cela s’ajoute un atout considérable : les liens de proximité avec l’entreprise.

 

Et de leurs diplômés ?
Nos formations sont sélectives, ce qui n’est pas le cas de toutes les formations européennes. Nos diplômés ont donc un excellent niveau, ont acquis une formation très solide, spécialisée ou généraliste, et une expérience diverse (associative, internationale, professionnelle). Enfin, la mobilité intra européenne reste modeste, le système Erasmus concernant in fine moins de 10 % des étudiants. Or, une immense majorité, voire la totalité des élèves des grandes écoles sont allés à l’étranger.

 

A. D-F