| FacebookTwitterImprimerGrandes Ecoles et Universités Magazine - N°57 Janvier 2013

Dirigeants oui, mais différents !

spécial Président(e)s

 

Etudiant(e) entrepreneur(e) ou président(e) d’association, voici deux cas particuliers du métier de dirigeant. Rencontre avec Marie, Zoïla, Alexandre, Samson, et tous les autres.

De plus en plus jeunes,les créateurs d’entreprises ?
Ils n’ont même pas attendu d’en avoir fini avec leur scolarité, et déjà, dans leurs cartables d’écoliers, on aperçoit un business plan, un compte de résultats et les statuts d’une entreprise : les étudiants entrepreneurs semblent de plus en plus nombreux, une conséquence probable, entre autres, de l’apparition de nouveaux incubateurs dans les grandes écoles.

Ferret Dream Company, née en novembre 2009
16 ans, c’est l’âge qu’avait Marie Burlot quand elle a lancé Ferret Dream Company, sa société qui vend par internet des accessoires pour le furet, troisième animal de compagnie en France et aux Etats-Unis. « Le e-commerce m’a beaucoup servi : il m’a permis de gérer mon entreprise à côté de mes études ». Trois ans plus tard, l’entreprise existe toujours, jouit d’une bonne santé financière, et Marie en est la dirigeante du haut de ses 19 ans. « Je ne me verse pas de salaire : je préfère tout réinvestir dans la société pour qu’elle grossisse le plus vite possible. » En parallèle, elle suit une L2 Économie, Gestion, Commerce à l’UCO Bretagne Nord. Comment tout cela a commencé ? « L’idée est venue parce que je devais acheter des accessoires pour mon furet, mais ils ne duraient qu’un mois donc ça faisait un sacré budget. Du coup, j’ai commencé à faire moi-même mes accessoires. J’ai cherché sur les forums des techniques de couture et j’ai découvert que les gens achetaient aux Etats-Unis : ça m’a beaucoup troublée. »  Décidée à inverser la tendance, Marie prône le 100 % Made in France : elle conçoit les prototypes et les fait fabriquer par les couturières handicapées d’un ESAT breton. « J’ai toujours su que je voulais être chef d’entreprise », raconte-t-elle, « mais je pensais suivre une formation plus classique. Je ne m’imaginais pas créer à mon âge. Mais quand on a une opportunité, il faut la saisir. » Son goût et son talent précoces pour l’entrepreneuriat, elle les tient sans doute un peu de l’environnement familial dans lequel elle a baigné : ses parents possèdent eux-mêmes plusieurs entreprises. « Oui, je pense que ça m’a influencée », reconnaît-elle. « Quand à table on entend parler de questions économiques ou entrepreneuriales, ça forme. Parfois je peux leur demander leur avis, mais c’est toujours moi qui prends les décisions. Et de toute façon, ils ne connaissent pas grand-chose aux furets. » Un message aux entrepreneurs français ? « De ne pas être accablés par ce que l’on voit à la télévision. On peut faire des choses bien en France malgré la mondialisation. » Et elle ajoute malicieusement : « J’ai déjà un autre projet d’entrepreneuriat dans les cartons… »

 

Plus d’infos :
www.ferretdream.com

Green Alternative, née en janvier 2012
Ils ont entre 23 et 24 ans, sont encore étudiants à l’ECE Paris, où ils sont incubés, et déjà, ils ont remporté plusieurs prix pour l’entreprise qu’ils ont créée il y a un an seulement.Maxime Perthu, Vianney Raskin, Samson Auber et Paul Najafi sont en effet les quatre co-fondateurs d’une « société de service spécialisée en efficacité énergétique », selon les termes de Vianney, dont le but consiste à « détecter le gaspillage qu’il peut y avoir dans les sociétés tertiaires et apporter des solutions. » La procédure se fait ainsi : Green Alternative réalise en deux semaines un audit énergétique de l’entreprise cliente à l’aide de deux outils créés en interne (le boîtier Plug&Watch qui recueille les données énergétiques et les paramètres d’ambiance, et le logiciel GreenAnalyzer qui les analyse). Puis, la jeune équipe « recherche des technologies innovantes qui vont réduire très rapidement les consommations énergétiques », explique Maxime, grâce aux solutions proposées par leursentreprises partenaires. « Elles apportent des solutions et nous, nous décidons si ces solutions répondent bien à la problématique du bâtiment étudié. Nous restons l’interlocuteur unique du client. » Maxime, Vianney, Samson et Paul sont-ils tombés par hasard dans l’entrepreneuriat ? Pas vraiment. « On a un peu tous le même profil », constate Samson. « On n’avait pas du tout envie de se caler dans un grand groupe et d’être enfermés. »Et s’ils devaient laisser un message aux grands patrons ? « Prenez rendez-vous avec nous, nous avons une solution pour augmenter votre productivité ! « , s’exclame Vianney.

Plus d’infos :
www.green-alternative.fr

Learning Shelter, née en mai 2012
« Alexandre et moi, on a donné beaucoup de cours particuliers pour payer notre scolarité et un jour un élève à Annecy nous a demandé des cours par Skype : on a commencé comme ça à donner des cours à distance, avant de se rendre compte que beaucoup d’étudiants d’ESCP Europe prenaient aussi des cours par Skype. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire », raconte Charles, co-fondateur de Learning Shelter, le site internet qui met en relation des professeurs qui souhaitent créer leur classe virtuelle, sur n’importe quel sujet, avec leurs élèves. Ils sont trois à la tête de l’entreprise incubée à ESCP Europe : Alexandre Dana et Charles Lefebvre, justement élèves d’ESCP Europe, et Grégoire Clermont, étudiant à EPITECH. Le leitmotiv de cette aventure, c’est un vrai projet de société. « On avait déjà monté des start up Alexandre et moi, mais là c’était vraiment le projet qui nous plaisait, l’idée d’apporter quelque chose à la société, et pas d’entreprendre pour entreprendre. Il y a plein de personnes en France qui n’ont pas accès avec leur réseau à de bons professeurs, et en parallèle il y en a plein d’autres qui aimeraient donner des cours ou bien qui seraient de bons professeurs mais qui n’y pensent pas. » Le but, c’est donc de « populariser les connaissances », avec, si le professeur le souhaite, la possibilité de proposer des cours gratuits, ou quasiment. Le business model, quant à lui, repose sur les commissions que les jeunes dirigeants récupèrent sur les cours payants. Un message à ceux qui hésitent à se lancer dans l’entrepreneuriat ? « Je suis pas du tout d’accord avec les gens quidisent que c’est mal vu en France d’être entrepreneur », proteste Charles. « Il y a pas mal d’aides, des infrastructures efficaces, etc. »

 

Plus d’infos :
www.learningshelter.com

 

Présidente d’association : les responsabilités sans la rémunération
« C’est lors d’un voyage au Pérou en décembre 2005 que j’ai eu l’idée de distribuer des cadeaux de Noël dans un petit village isolé », raconte Zoïla Munar, présidente franco-péruvienne de l’association Mission Andes née en 2008. « J’ai organisé une récolte avec mes anciens camarades d’école et nous avons envoyé les cadeaux au village d’Andamarca. Cela aurait pu en rester là, sauf que la responsable de la bibliothèque était tellement émue qu’elle m’a envoyé une lettre et des photos des enfants, et ces photos ont déclenché quelque chose en moi. » A son retour à Paris, elle rencontre deux étudiants d’HEC qui, séduits par le projet, repartent avec elle à Andamarca et s’investissent dans le développement du village. Depuis, ce sont plusieurs groupes d’élèves de grandes écoles (HEC, ESSEC, ESCP Europe…) qui, successivement dans l’année, rejoignent le Pérou pour apporter leur contribution à Andamarca et dans quelques villages environnant, tandis que Zoïla, elle, passe sa vie entre le Pérou et la France. « Le cœur des activités de l’association, c’est vraiment de soutenir les villages pour trouver un développement économique, tout en préservant les traditions, les coutumes, en faisant en sorte que les jeunes restent dans le village, et en prêtant attention au développement durable », explique Zoïla, avant de préciser : « Nous ne sommes pas une association humanitaire : nous sommes là pour les aider à se développer, pas pour les assister. »

« Un président n’est pas président tout seul
« Aujourd’hui, le principal défi pour Zoïla et les trois autres membres permanents de l’association, tous les quatre bénévoles, c’est le financement. « Pour le moment, les étudiants récoltent de l’argent, et moi aussi, de mon côté, je cherche des bienfaiteurs. » Mais cela ne suffit pas. « Cette année on s’est décidés à lancer des invitations pour des adhésions payantes parce qu’on a besoin d’un fonds de roulement. On n’a pas vu assez tôt le problème de l’argent. »Et son rôle de présidente, comment l’assume-t-elle ? « Quand les gens me parlent, ils me disent : « Tu es organisée, tu sais nous écouter ». J’essaie d’être attentive à eux, à leurs besoins. Un président n’est pas président tout seul. Moi je suis très contente d’avoir tous ces jeunes futurs cadres dirigeants avec moi. C’est une énorme chance que nous avons : travailler avec eux, c’est formidable. Ils ont des idées, des projets. Chaque jour est complètement différent. Même s’ils viennent de la même école, ils apportent tous quelque chose. Travailler avec les jeunes, ça vous rajeunit. »

Plus d’infos :
https://sites.google.com/site/missionandes/
ou
www.missionandes.org

Claire Bouleau