| FacebookTwitterImprimerGrandes Ecoles Magazine N°53 - Avril 2012

Créativité et innovation au coeur des grandes écoles et des entreprises

L’innovation est essentielle à la capacité de développement en tant que levier de différentiation pour les entreprises comme pour les écoles qui forment leurs futurs collaborateurs. Certains établissements en font leur ambition comme l’ICN Business School avec pour signature « Creative thinking makes the difference ». D’autres, ont en plus de leur démarche pédagogique, une démarche académique globale avec par exemple la création d’un Institut pour l’Innovation et la Compétitivité à ESCP Europe. Elles s’intéressent aussi à la créativité, bien souvent à la source de l’innovation.

L’ICN Business School a fait le choix d’une stratégie qualitative de différenciation axée sur la créativité. « Notre objectif est de créer un cercle vertueux, explique son directeur Jérôme Caby, pour le développement de nos étudiants et en réponse aux besoins des entreprises. » Cette stratégie a été mise au point à partir des éléments structurants de l’établissement. « Notamment notre tradition de développement personnel et notre alliance Artem avec l’école des Mines de Nancy et l’école d’Art de Nancy. Nous préparons nos étudiants à développer leur créativité, qualité qui leur permettra d’être innovants dans l’entreprise. » L’ICN forme ses étudiants à travailler en équipe projet, en interaction avec des profils divers, pariant sur le fait que l’innovation nait de la diversité des regards et des idées.

 

Maîtriser le processus de l’innovation
L’école des Mines de Nancy prépare aussi ses élèves-ingénieurs aux problématiques d’innovation qui irrigueront leur vie professionnelle. « Ils seront confrontés à la nécessité de créer, à exploiter des idées, les trier pour le mettre en oeuvre et les réaliser, développe Antoine Dubedout, titulaire de la Chaire Ingénierie et Innovation créée en 2008. Pour les préparer, nous nous appuyons sur une vision originale de l’innovation : un processus, un ensemble d’actions pour arriver à une innovation réussie. » Si une idée recèle d’un potentiel, pour autant ce qui en fera une innovation réussie, c’est la capacité à piloter le processus d’innovation en tant que fonction de management. L’enseignement de la Chaire vise donc à maîtriser ce processus, savoir l’évaluer et l’améliorer. « Nos étudiants observent comment les choses se passent dans l’entreprise durant leurs projets et stages. » Si les problématiques d’innovation sont communes à beaucoup d’entreprises, la réponse à apporter dépend des contextes. En donnant aux futurs ingénieurs des réflexes pour identifier ces problématiques, ils se consacreront plus rapidement à leur résolution. « Pour les entreprises hier focalisées sur l’innovation, l’enjeu est aujourd’hui l’efficacité et donc comment réussir à innover. Cela passe par une maîtrise des processus de l’innovation. »

 

Confusions
Co-auteur en 2009 d’un rapport sur l’innovation à la demande de Christine Lagarde, Delphine Manceau a monté un think thank au sein de ESCP Europe, l’Institut pour l’Innovation et la Compétitivité. Au sein de son rapport, elle fait état d’idées reçues sur l’innovation. Notamment une confusion entre innovation et invention/recherche. Une invention (souvent sanctionnée par un brevet, mais pas toujours) ne se transforme pas toujours en nouveau produit ou service. « 36 % des brevets déposés en Europe sont inexploités commercialement. » Si la créativité est l’un des inputs de l’innovation, il existe également des idées reçues sur ce concept. « La première est que certains ont une prédisposition à la créativité et d’autres non. Certes il existe des prédispositions, mais elles se travaillent au niveau individuel et collectif. Pour encourager la créativité organisationnelle, il faut notamment apprendre à travailler avec des personnes différentes de soi. Une fois cet effort fait, l’équipe est beaucoup plus productive. En outre, les entreprises sont souvent confrontées aux mêmes questions. C’est en étant un collectif créatif qu’elles trouvent de nouvelles réponses à des questions “ classiques “. »

 

L’innovation s’apprend en marchant
L’innovation est un concept holiste, multiforme. « Il faut distinguer le résultat de l’innovation de sa démarche, qui est liée à un faisceaux de facteurs, comme la créativité, la technologie ou l’organisation. On constate aussi que les entreprises qui innovent font de nombreuses petites innovations. Elles apprennent ainsi à innover. Et le jour où elles mettent au point LE produit révolutionnaire, elles savent alors tirer le bénéfice de cette innovation de rupture (qui reste très rare). »

 

Enjeu majeur des entreprises … et des formations
L’innovation est un enjeu essentiel pour les entreprises. Dans un environnement mondialisé et fortement concurrentiel en outre caractérisé par la crise actuelle, elle permet de créer une différenciation, de sortir de la logique coût/prix. « L’innovation donne envie de changer d’équipement, de consommer. C’est la première raison pour laquelle nous nous intéressons à ce sujet à ESCP Europe. La seconde est que la façon d’innover dans l’entreprise a évolué, intégrant des compétences ou des idées extérieures à l’organisation pour mettre au point de nouveaux produits et services. La culture comme les pratiques de l’innovation changent. Nous souhaitons approfondir ce sujet au sein de notre institut, tout en formant nos élèves à innover mieux, plus et autrement. »

 

Luc de Brabandère, spécialiste de la créativité
De quel point de vue considérez-vous la créativité ?
Je cherche à mettre en évidence le mécanisme de la pensée. Pour Francis Bacon « Il faut obéir aux forces auxquelles on veut commander ». Pour être un bon penseur, il faut donc obéir aux lois de la pensée. L’innovation est la capacité à changer les choses. La créativité, la capacité à changer sa manière de voir. Est créatif celui qui change facilement sa perception, qui a su penser autrement, se représenter autrement. Plus que sortir du cadre, c’est en créant un nouveau cadre que l’on est créatif.
Qui sont les créatifs ?
Chacun a des aptitudes plus ou moins développées. Mais pour être un champion il faut s’entraîner et travailler. Un chef 3 étoiles ou un sportif travaillent pour progresser et se dépasser malgré leur talent initial. Chacun peut donc devenir créatif ou le devenir plus. Les personnes dont la créativité est naturelle sont des individus hybridesqui vivent dans plusieurs mondes. Ils ont des passions, des expériences et centres d’intérêts multiples. Il existe deux types de pensée fondamentales : analogique et logique. La créativité se nourrit des deux, des mondes différents qui les traversent. On peut donc augmenter les chances de la développer en s’ouvrant à des regards différents. Les personnes créatives ont aussi une abondance d’idées en qualité et en quantité, elles pensent tout le temps à beaucoup de choses différentes. Elles ont souvent le sens de l’humour, la blague étant avant tout un changement de perception sur une situation, une manière autre de comprendre une histoire. Un créatif laisse aller sa perception, fait des liens inédits entre les choses. Au fond, la créativité est une question de multiplication des positions, des angles, des perspectives, et donc d’abondance. L’enjeu des entreprises n’est pas tant de définir la créativité, mais sa gestion, quels organisation ou type de management permet aux créatifs de s’épanouir et aux personnes de profils différents de travailler ensemble.

 

A. D-F